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Archive pour décembre 2010

Un vaste plan de psychiatrisation de la population

Le gouvernement envisage de faire voter une loi qui facilitera grandement les internements en psychiatrie et qui va instaurer une obligation de traitements psychiatriques en dehors des hôpitaux.  Le projet a déjà été validé en Conseil des Ministres et devrait être discuté à l’Assemblée, peut-être cet automne.

Soyons clair : sous couvert de favoriser « l’accès aux soins psychiatriques » pour le plus grand nombre, il s’agit là de rien de moins qu’un vaste plan de psychiatrisation de la population. Le fait que les soins en question sont imaginaires et que la psychiatrie ne fait que traiter des symptômes à coups de camisole chimique est totalement occulté. C’est pourtant une évidence. Mais la détermination à placer de plus en plus de citoyens entre les mains de la psychiatrie est forte, pour le plus grand profit des laboratoires et de quelques psychiatres.

Cette loi, si elle est votée, sera une loi d’irresponsabilité, et cela pour au moins deux raisons.

La première, c’est que vouloir psychiatriser à tout crin est une manière pour un gouvernement de se défausser du problème de la violence et de la délinquance. Faute de solution véritable, le gouvernement est tenté de se tourner vers une pseudo-solution qui est la psychiatrie. Il est confortable de considérer que la médecine, et la psychiatrie en particulier, sont à même de résoudre les questions de délinquance. Ce serait confortable mais c’est totalement faux et c’est presque le contraire. Le nombre de crimes commis par des personnes tout juste sorties de psychiatrie ou sous traitement psychiatrique montre clairement que ce n’est pas la solution. On attend autre chose de la part d’un gouvernement responsable que cette orientation psychiatrique aussi inefficace que destructrice.

C’est ensuite irresponsable, parce qu’au nom de la lutte contre la violence, on met en place une loi qui peut mettre en danger les libertés de chaque citoyen de ce pays. Ce projet de loi est un projet de psychiatrisation tous azimuts. Il ne faudrait pas cependant qu’au nom de la sécurité publique, on prive l’ensemble des citoyens de leurs libertés fondamentales. C’est en l’occurrence le cas. Un psychiatre seul pourra décider de faire enfermer n’importe qui, sans autre forme de procès. Les contrôles pour éviter les abus sont quasi inexistants. Quant aux sanctions, il n’en est même pas question. Voilà un outil formidable pour un régime totalitaire. Même si la France n’en est pas là, l’outil sera en place, et Dieu seul sait de quoi sera fait le futur.

Fausse solution, mise en danger des libertés de chacun, il est aujourd’hui nécessaire que ce projet soit abandonné ou fortement amendé. Le gouvernement est en droit de prendre en main les questions de sécurité, c’est son boulot, mais il doit le faire dans un esprit de responsabilité. Des solutions existent. La Colombie a réduit sa criminalité de moitié sans avoir recours à la psychiatrie. En Italie où les hôpitaux psychiatriques ont été en bonne partie fermés, les crimes déments sont beaucoup plus rares qu’en France. Il est temps de réagir et de protester contre ce projet, non pas par idéologie, mais avec responsabilité, pour que nos enfants puissent vivre dans un monde plus sûr et plus libre.

Le cartel des drogues psychiatriques à l’origine de la future loi sur la contrainte aux soins ?

L’affaire de la grippe H1N1 et le milliard d’euros dépensés inutilement pour des vaccins a montré, s’il le fallait, l’influence des laboratoires pharmaceutiques sur le gouvernement. Un rapport du Sénat a en effet conclu que le gouvernement avait été incapable de négocier correctement les « offres » commerciales des labos, leur offrant ainsi de juteux profits. Quelle sera demain la prochaine épidémie qui va permettre aux laboratoires de continuer à engranger des profits considérables ?

Il se pourrait que ce soit l’épidémie de maladie mentale qui s’annonce dès cet automne. Une plaisanterie ? Non, tous les éléments sont en place pour que cette épidémie se développe et pour que les psychiatres et les laboratoires empochent le jackpot. Tout d’abord, il y a la peur. Depuis des années, on nous rabâche que 20% de la population souffre ou souffrira d’un trouble mental, de quoi créer une certaine angoisse. De plus, les malades mentaux ont été fâcheusement présentés comme des tueurs en puissance à l’occasion de plusieurs faits divers, de quoi souhaiter qu’ils soient tous enfermés et traités. Enfin, les psychiatres multiplient le nombre de diagnostics psychiatriques, transformant petit à petit l’ensemble des comportements humains en maladie mentale. Les troubles bipolaires remplacent les hauts et les bas, le trouble d’anxiété sociale remplace la difficulté à s’exprimer en public. Les exemples sont nombreux.

L’Assemblée va discuter d’un projet de loi sur les soins psychiatriques sous contrainte. Ce projet comprend des mesures pour obliger une personne que les psychiatres ou autres médecins considéreront comme « nécessitant des soins » à recevoir un traitement, c’est à dire des drogues psychotropes. Une estimation du nombre de personnes qui devraient se retrouver sous traitement psychiatrique, réalisée par une association de patients, aboutit au chiffre de 200 000 personnes concernées ! Ainsi tous les éléments sont alignés pour que le cartel des drogues psychiatriques réalise des profits maximum, sur le dos de la population qui sera manipulée et trompée. Cette épidémie pourrait d’ailleurs durer et s’étendre tant le système semble bien rôdé. Un patient psychiatrique n’est jamais guéri en psychiatrie. Ses symptômes sont simplement couverts par les effets des drogues qu’on lui donne. C’est un client à vie pour l’industrie pharmaceutique, un client captif, « fidélisé » de force. Le rêve pour tout industriel. De là à penser que le cartel industrie pharmaceutique/psychiatrie a poussé fort pour que cette loi soit présentée, il n’y a qu’un pas que nous vous laisserons franchir, selon votre vision des choses.

Il n’en demeure pas moins que pendant que les polices du monde entier se battent pour enrayer les trafics de drogue, l’État continue en France plus que jamais à fermer les yeux sur le cartel des drogues psychiatriques et sur ses actions de diffusion à grande échelle de drogues légales.

Bientôt une loi qui enterrera la justice et laissera la place à une société psychiatrique

Le printemps prochain, l’assemblée nationale risque de voter un texte qui enterrera peut-être à jamais une certaine conception de la justice et certains de nos grands principes constitutionnels. De quoi s’agit-il ? Madame Bachelot, Ministre de la santé, a fait adopter en conseil des ministres et a déposé à l’Assemblée un projet de loi relatif aux procédures d’hospitalisations sous contrainte en psychiatrie. Il s’agit d’un texte a priori technique, mais qui constitue en réalité une véritable mise en cause de nos droits fondamentaux.

Imaginons une société où une seule personne, qui n’est pas un juge, peut décider de vous arrêter et de vous priver de liberté. Nul besoin de réfléchir beaucoup pour voir qu’il s’agirait d’une société non démocratique ou même totalitaire. Aussi brutal que cela puisse paraître, la France est en train de prendre ce chemin. La future loi relative aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques, qui définit les modalités d’internement en psychiatrie, prévoit qu’un médecin, à lui tout seul, pourra décider que votre santé mentale est défectueuse et vous faire enfermer. L’article 3212-1 du code de la santé publique, s’il est modifié, permettra à n’importe quel médecin non hospitalier de demander et obtenir l’internement d’une personne qui nécessite d’après lui des soins immédiats. Et c’est tout ce qui sera nécessaire pour enfermer quelqu’un dans le nouveau système. Il n’existe aucune garantie contre l’arbitraire. Seuls les critères de nécessité des soins et d’urgence doivent être remplis.

Ceci est évidemment contraire à notre constitution d’après laquelle seul un juge peut décider de priver une personne de sa liberté. Comment en arrive-t-on aujourd’hui à une situation aussi potentiellement préjudiciable pour les droits de l’homme ?  Le préambule de la loi présentée par Madame Bachelot est clair : la priorité annoncée, c’est que le maximum de personnes soient traitées en psychiatrie. Il s’agit donc d’une loi de psychiatrisation massive de la population. L’accès aux soins pour tous, c’est le slogan a priori « humanitaire » pour un projet de loi liberticide et hygiéniste.

Pourtant, pour ce patient du Centre Hospitalier de Lens qui a passé plus de 2 semaines attaché à son lit, le terme de soins est dénué de sens. L’Observatoire international des prisons s’est ému de la situation et a demandé que ces mauvais traitements s’arrêtent. Pour Jean-Marie Ployé, écrivain, auteur du livre neuf mois chez les fous, éditions les 3 génies, les soins psychiatriques qui lui ont été imposés suite à une lourde dépression ressemblent plus à un enfer qu’à de vrais soins. Enfermé dans une chambre d’isolement pendant des semaines, perdant le sens du temps, il a réussi à reprendre le dessus au moyen de l’écriture. Dans une lettre ouverte au Président de la République, Nicolas Sarkozy, il dénonce les investissements effectués en psychiatrie pour créer de nouvelles chambres d’isolement (plus de 200) et demande que le système psychiatrique soit enfin humanisé. Son témoignage bouleversant ne semble pourtant pas avoir eu d’écho.

Que cherche à résoudre le gouvernement avec une telle loi ? Ce sont sans aucun doute des problèmes sociaux et politiques que l’État cherche à résoudre. Ainsi, la première catégorie de la population qui est visée est sans aucun doute celle des SDF. Comment se débarrasser des SDF ? C’est un problème qui n’est pas nouveau. Le Président de la République avait promis qu’il n’y aurait plus de SDF 2 ans après son élection. La nouvelle loi sur les internements psychiatriques pourrait lui donner les moyens de régler le problème, mais de manière totalitaire et brutale. Aujourd’hui, la plupart des SDF ne peuvent pas être internés en psychiatrie parce que personne n’en fait la demande. Ils sont coupés de leur famille et, à moins de susciter des troubles à l’ordre public, un  psychiatre ne peut les retenir enfermés en psychiatrie contre leur gré. Demain, la nouvelle loi permettra au même psychiatre de les garder enfermés et de leur imposer un traitement, ou plutôt une camisole chimique, pour le restant de leur vie. Une nouvelle modalité dans la loi permet en effet de se passer de la demande d’un tiers, laissant ainsi le médecin en position de décider seul de la liberté ou de la détention d’une personne.

Si les SDF sont particulièrement visés, ils ne sont pas les seuls. La petite délinquance pourrait très vite faire l’objet d’une politique de psychiatrisation. Il faut en effet mettre en parallèle la facilité nouvelle d’interner et le développement de diagnostics psychiatriques de moins en moins scientifiques et classifiant les comportements humains jugés déplaisants en tant que maladie mentale. La Kleptomanie par exemple est un diagnostic psychiatrique correspondant au fait de voler. Si ce mot n’est pas nouveau, on assiste à un renouveau de ce diagnostic attribué à des délinquants. La psychiatrie étend en permanence son champ d’action en incluant toute sorte de comportements humains en tant que troubles mentaux, comme la tristesse renommée trouble de la séparation ou la timidité renommée trouble d’anxiété sociale. Tous ces diagnostics, regroupés dans le Manuel statistique et diagnostique des troubles mentaux (DSM), dont la nouvelle version va bientôt paraître, offrent la possibilité d’étiqueter n’importe quel citoyen comme malade mental. La suite, ce pourrait être l’internement dans un hôpital psychiatrique et la perte de liberté pour tous les citoyens.

Ce projet de loi ouvre la porte de l’arbitraire, de l’hygiénisme (traitement de certaines catégories de la population), et du totalitarisme. Cela ne signifie pas que demain la France sera totalitaire, mais cela signifie avec certitude que la possibilité d’aller dans cette direction existera. Il faut dire non à ce projet qui détruit nos garanties de liberté et qui crée un risque majeur en matière de droits de l’homme. Il faut réserver au juge et au juge seul, après débat contradictoire, la possibilité de priver quelqu’un de sa liberté. C’est le seul moyen de protéger nos libertés.

Violences extrêmes : un antidépresseur impliqué dans une tuerie familiale

Pour la première fois en France, la justice et la police ont très clairement mis en cause un antidépresseur dans le déclenchement d’une tuerie. En effet, les enquêteurs privilégient l’hypothèse de l’antidépresseur sertraline (plus connu sous le nom de Zoloft) pour expliquer le coup de folie du médecin qui a massacré en mai dernier en Vendée sa femme et ses quatre enfants avant de se donner la mort. Le procureur de la République de la Roche sur Yon, Xavier Pavageau, a indiqué que « les analyses toxicologiques montraient la présence d’une molécule à dosage thérapeutique, la sertraline – un antidépresseur utilisé pour le traitement de l’angoisse et de l’anxiété.

Alors que près de 5 millions de Français et de Françaises prennent régulièrement des antidépresseurs, le fait que la justice mette en cause ces substances dans des passages à l’acte meurtriers est lourd de conséquence. Aux États-Unis, le Prozac et le Deroxat, également des antidépresseurs, ont déjà été mis en cause dans plusieurs procès pour meurtres. En France aussi, les antidépresseurs ont déjà défrayé la chronique. Le tueur de Nanterre qui avait ouvert le feu en plein conseil municipal, tuant 12 personnes, avait été traité par antidépresseurs. Pour la psychiatre Rima Laibow, « ces drogues créent des distorsions de la réalité et des hallucinations qui peuvent conduire au meurtre ou au suicide ». Le risque de suicide est d’ailleurs très officiellement reconnu comme un effet secondaire possible des antidépresseurs type Prozac, Deroxat ou encore Sertraline. C’est du reste inscrit sur la notice de ces médicaments. Fort heureusement, les personnes consommant des antidépresseurs ne deviennent pas tous des assassins, mais force est de constater que la plupart des tueries ou folies meurtrières sont commises par des personnes sous traitement psychiatrique.

Si l’on passe en revue quelques affaires de crimes ayant eu lieu en France cette année, cela devient évident. Sur le seul mois d’avril 2010,  Alexi Bocanov, sous traitement psychiatrique, tue le soigneur d’une équipe de rugby, une mère de famille de Brest est tuée de 20 coups de couteau et le père est grièvement blessé par leur fils sous traitement psychiatrique, dans l’Ariège un homme sortant de psychiatrie entend des voix et tue son propriétaire, un autre en Bretagne sous traitement psychiatrique lui aussi poignarde un jeune homme de 24 ans et le tue, un homme traité à de multiples reprises en psychiatrie poignarde à mort un père de famille devant son fils à Clichy la Garenne.

Ce ne sont que quelques exemples, sur un seul mois, mais ils sont assez édifiants. La question n’est pas de savoir si ces personnes étaient mentalement malades, elle est plutôt de savoir ce qui les a incités à passer à l’acte, et c’est là que les antidépresseurs et autres drogues psychiatriques jouent un rôle. Le fait que la justice prenne enfin en compte le rôle des ces substances est sans aucun doute un progrès considérable. Il ne s’agit pas de nier la responsabilité des criminels, mais plutôt de comprendre les mécanismes de la violence et de la prévenir. La Commission des citoyens pour les droits de l’homme demande par contre que la responsabilité des fabricants qui ont caché les effets secondaires soit recherchée, ainsi que celle des psychiatres qui prescrivent des traitements aboutissant à des passages à l’acte meurtriers. Des démarches ont été effectuées auprès des autorités en ce sens et des avocats correctement informés sur les effets des antidépresseurs commencent également à demander des réparations en justice auprès des laboratoires et des psychiatres coupables. La mise en cause d’un antidépresseur dans la tuerie de Vendée va permettre d’appuyer de telles démarches et c’est un progrès dans la lutte contre les violences extrêmes.

Le psychiatre et le juge

Que penser du système d’internement sous contrainte français eu égard aux articles de notre constitution suivants et à la définition du mot « arbitraire » ?

Article 66 de la constitution française : Nul ne peut être arbitrairement détenu. L’autorité judiciaire, gardienne de la liberté individuelle, assure le respect de ce principe dans les conditions prévues par la loi.

Article 9 de la déclaration universelle des droits de l’homme : Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé.

Définition de arbitraire d’après le dictionnaire de l’Académie Française : Qui n’a pas de justification légale ni rationnelle ; qui dépend du caprice d’un homme, d’une autorité.

La réponse est évidente. La loi actuelle sur l’internement psychiatrique, dite loi du 27 juin 1990, est anticonstitutionnelle puisqu’elle permet la détention d’une personne qui n’a commis absolument aucune infraction.

La décision qui d’après l’article 66 de notre constitution devrait appartenir au seul juge, devient de fait celle d’un préfet et d’un psychiatre, ou celle d’un tiers et de deux psychiatres dans le cas de l’hospitalisation à la demande d’un tiers.

Dans la future loi réformant la loi du 27 juin 1990, et qui devrait être discutée par l’Assemblée Nationale cet automne, l’arbitraire sera renforcé. Il suffira à une « autorité » seule (un psychiatre) de décider de l’internement, le tiers n’étant plus nécessaire si le psychiatre « pense » que la personne concernée nécessite des « soins » psychiatriques forcés, et cela, même s’il n’est pas établi que cette personne représente un quelconque danger pour elle-même ou pour les autres.

Quand on sait que les psychiatres eux-mêmes sont les premiers à déclarer que la psychiatrie n’est pas une science exacte, et qu’aucun diagnostic établi par la psychiatrie ne peut être autre chose qu’une hypothèse, on ne peut que s’inquiéter lourdement de ce pouvoir donné à une profession dont l’absence de résultats est pourtant notoire.

Historiquement, le pouvoir arbitraire de la psychiatrie a souvent été un instrument politique totalitaire. Il suffit de se rappeler les hôpitaux de la psychiatrie soviétique ou ceux de la Chine actuelle où sont envoyés tous les opposants au régime, sous couvert de « pensée déviante ». Cela donne un aperçu de ce que la psychiatrie peut représenter en matière de destruction de la liberté individuelle dans notre société.

Notre système d’internement est ancien. La future réforme du système ne constitue pas une rupture avec les pratiques antérieures. Ce système repose sur une vieille loi datant de 1838 relative à l’internement des « aliénés ». Peu de choses ont changé depuis presque deux siècles. Albert Londres, célèbre journaliste, s’est penché sur la condition des patients psychiatriques dans les années 1920. Ce qu’il en dit à l’époque s’applique encore aujourd’hui et s’appliquera encore plus nettement demain si la réforme est votée:

« La loi de 38 n’a pas pour base l’idée de soigner et de guérir des hommes atteints d’une maladie mentale, mais la crainte que ces hommes inspirent à la société. C’est une loi de débarras. » De plus : « La loi de 1838, en déclarant le psychiatre infaillible et tout-puissant, permet les internements arbitraires et en facilite les tentatives. (…) Sous la loi de 1838, les deux tiers des internés ne sont pas de véritables aliénés. D’êtres inoffensifs, on fait des prisonniers à la peine illimitée. »

A la base du système se trouve la fameuse irresponsabilité pénale du « fou ». Parce qu’en refusant de juger le  « fou » (ou celui arbitrairement déclaré comme tel), c’est finalement l’égalité pour tous devant la justice qui est bafouée. Le « fou » a le droit à la justice, comme tout autre citoyen. En lui déniant ce droit, on le jette dans les bras de l’arbitraire. Abandonné par la société et la justice des hommes, la psychiatrie peut en faire ce qu’elle veut, sans même que la justice soit mise au courant.

Et lorsqu’on comprend que le « fou », c’était l’autre hier, c’est peut être votre enfant aujourd’hui, et demain ce sera peut-être vous, selon le bon vouloir d’un psychiatre, il devient évident que si nous laissons notre constitution n’avoir plus force de loi, le totalitarisme gagnera notre pays, aussi inexorablement que la peste de 1347.

Quand la psychiatrie menace votre foyer

Un nouveau projet de loi sur l’internement psychiatrique prévoit d’instaurer un système d’obligation de soins pour des patients à l’extérieur de l’hôpital. En voici les risques.

L’accès aux soins, un but en apparence souhaitable. Qui ne souscrirait à un projet de loi qui inscrit comme priorité l’accès aux soins pour tous ? Derrière cette expression se cache pourtant une toute autre réalité, beaucoup plus sombre. La vraie question que pose ce projet de loi devrait être « qui souhaite avoir la visite d’un psychiatre à son domicile ? ». Car il s’agit bien là du problème. Demain, si cette loi est votée, un citoyen pourra être contraint à suivre un traitement psychiatrique à son domicile. Concrètement, cela signifie que des infirmiers psychiatriques lui rendront visite pour lui administrer sa piqûre de neuroleptique retard. S’il refuse, il sera immédiatement interné dans un hôpital psychiatrique, enfermé à double tour et drogué, jusqu’à ce qu’il devienne « raisonnable » et qu’il accepte son traitement. Attention, comme dans 1984, le célèbre livre d’Orwell, un citoyen contraint à suivre son traitement n’aura pas les moyens d’échapper à ce que l’on peut qualifier de police psychiatrique. Une police qui aura le pouvoir d’entrer à toute heure chez les citoyens pour s’assurer que le traitement aura été absorbé. Cette description est bien entendu cauchemardesque. Nous ne sommes pas en train de dire que ce sera ainsi dès le vote de la loi. Nous pouvons par contre dire sans l’ombre d’un doute que la future loi permettra de telles pratiques. On met l’accent sur « l’accès aux soins pour tous », mais il faudrait ajouter qu’il s’agit de « l’accès aux soins pour tous sous la contrainte ».

Pourquoi serait-on obligé d’utiliser la contrainte en psychiatrie si les soins étaient réellement des soins ? Voilà une question bien embarrassante qui remet en cause l’action même de la psychiatrie. De quoi parle-t-on quand on parle de soins psychiatriques ? On parle essentiellement de la camisole chimique. Le terme camisole chimique n’est pas un terme péjoratif pour les psychiatres. Quand dans les années 50 sont apparus les premiers neuroleptiques, les psychiatres étaient fiers de les présenter, notamment la thorazine, comme des substituts de la lobotomie. Les neuroleptiques constituent aujourd’hui encore la classe de drogues psychiatriques la plus couramment prescrite aux patients psychiatriques et le terme camisole chimique s’est imposé dans le langage courant. Ce sont ces produits qui seront prescrits aux patients forcés en « ambulatoire », le terme signifiant qu’ils seront en dehors de l’hôpital. Ils ne seront pas libres pour autant.

Ainsi, en galvaudant l’expression « accès aux soins pour tous » et en ignorant la définition même du mot soin, le gouvernement met en place un outil de contrôle psychiatrique des populations. Il crée un précédent en étant le premier gouvernement d’un pays démocratique à mettre en place un système d’internement psychiatrique à domicile sans qu’à aucun moment un juge ne soit consulté. Car en effet, toute privation de liberté, et l’internement en est une, que ce soit à l’hôpital ou à domicile, devrait relever uniquement du pouvoir judiciaire. En France, ce n’est pas le cas. C’est le psychiatre, désormais l’homme le plus puissant de France, qui sera le seul juge pour décider du placement sous contrainte d’un individu. Ce psychiatre sera-t-il contrôlé ? Non, le système de contrôle est faible et défaillant. La Commission des citoyens pour les droits de l’homme a réalisé une enquête sur les contrôles censés être effectués en psychiatrie. Le constat est édifiant. Seulement 3% des hôpitaux psychiatriques ont reçu les visites de contrôle prévues par la loi (Procureur, Préfet et Président du Tribunal de Grande Instance). Un véritable scandale dénoncé depuis des années par les associations de patients et par la Commission des citoyens pour les droits de l’homme, sans jamais que rien n’ait été entrepris pour y remédier. Naïveté ou volonté politique, il est un fait que la nouvelle loi va renforcer considérablement les pouvoirs des psychiatres sans leur imposer les contrôles adéquats. Le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument. C’est oublier cette vieille maxime politique que de confier de tels pouvoirs à une seule catégorie de personnel public, en espérant qu’ils se « tiendront bien ». C’est en réalité inacceptable pour un vieux pays démocratique comme la France de voir les libertés reposer sur la bonne volonté d’une catégorie de médecins qui a à son passif historique la mort de 40 000 malades mentaux pendant la guerre, la pratique des lobotomies, des électrochocs et de la camisole chimique systématique, et je ne parle que des psychiatres français. Dans d’autres pays, on peut ajouter à cette liste la collaboration avec tous les régimes totalitaires.

Et ces gens là risquent de pouvoir sonner à votre porte pour vous demander si vous avez pris votre pilule. Big Brother is watching you.

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