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Le retour des boucs émissaires
Posté par admin le 13.8.2010 @ 19:43 Dans Réactions, Actualités | Aucun commentaire
Roms, immigrés, musulmans ou même malades mentaux, on n’en finit pas de jeter en pâture des catégories de population à une majorité inquiète, apeurée et dont on redoute sans doute la révolte. Le procédé est vieux comme le monde mais il prend actuellement dans notre pays une ampleur qu’on ne lui avait pas connue depuis longtemps.
La frustration de ne pas réussir à faire baisser définitivement la criminalité développe une agressivité vers tout ce qui peut apparaître comme étant une source de criminalité. Comme les délinquants ne sont pas toujours identifiables, et comme ils ont parfois la fâcheuse tendance à être plus armés que le commun des citoyens, ou à circuler en bande, s’en prendre à eux n’est pas facile voire impossible. L’agressivité se reporte donc sur un groupe dans son ensemble, désigné comme devant endosser un comportement social que la société souhaite évacuer. C’est là une application de la théorie du bouc émissaire, basée sur la théorie de la frustration/agression.
Que se passe-t-il alors pour le bouc émissaire ? Il est exclu du groupe, parfois puni ou condamné, sacrifié même. Cet été, les roms seront expulsés. Les musulmans ne peuvent plus s’habiller selon leurs désirs, mêmes extrêmes. Les immigrés risquent l’exclusion, ou de perdre leur nationalité quand elle a été fraîchement acquise. Les malades mentaux auront bientôt une nouvelle loi, cet automne, pour faciliter leur internement ou leur mise sous camisole chimique.
Bien sûr, il existe des arguments pour justifier que ces catégories nécessitent une attention particulière. Mais attention particulière ne signifie pas exclusion, expulsion, punition et régime spécial d’enfermement. De plus, l’accumulation récente de telles mesures ne peut être le fruit du seul hasard. Il faut une volonté bien affirmée pour prendre en si peu de temps une telle quantité de mesures vexatoires. C’est une volonté politique.
On pourrait trouver d’autres boucs émissaires dans notre société. Les nouveaux mouvements religieux sont constamment et très officiellement désignés comme des sortes d’ennemis publics. Il existe bien une mission supposée lutter contre leurs dérives, la MIVILUDES, mais qui s’en prend à leur existence même. Exclusion sociale, grandes déclarations médiatiques orientant adroitement le mécontentement général vers des cibles minoritaires, tout est en place dans ce domaine aussi pour créer des boucs émissaires auxquels attribuer tous les maux de notre époque.
Jusqu’où cette politique du bouc émissaire peut-elle aller ? Nul ne le sait vraiment. Nos institutions restent protectrices contre un certain nombre de dérives. Mais on a aussi vu des démocraties basculer dans la haine et la violence contre des boucs émissaires. C’est en fait l’état général de la population qui déterminera l’avenir. Peut-on craindre une réaction d’hystérie collective qui dresserait la population contre certaines minorités désignées, ou bien le bon sens et le calme général vont-ils s’imposer ? Nul ne le sait. Ce que l’on peut dire, c’est d’une part qu’il est dangereux de jouer avec le feu, et d’autre part qu’il est plus que temps d’investir dans l’éducation, plus particulièrement dans ce que l’on nomme les humanités, seul moyen d’assurer une vraie stabilité et un développement de notre société.
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