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J’ai failli me retrouver en psychiatrie !
Posté par admin le 10.7.2008 @ 15:50 Dans Actualités | Aucun commentaire
J’ai reçu ce témoignage et j’ai voulu vous le faire connaître.
À la suite d’un internement à l’IP de la Préfecture de Police que je considère comme arbitraire et abusif et au sujet duquel j’ai décidé de porter plainte contre X, je vous prie de trouver ci-dessous mon témoignage.
Cordialement.
Convoqué à l’hôtel de Police pour “affaire vous concernant”, je suis reçu par plusieurs policiers en civil. S’ensuivent de brefs entretiens informels avec l’un ou l’autre des policiers. Vient ensuite une entrevue de cinq minutes avec le commissaire de police. Enfin, on me fait comprendre que je dois aller faire une analyse de comportement en urgence à l’hôpital et que cela sera très bien pour tout le monde : pour la police qui ne sera plus embêtée (par qui ? !) ; pour moi qui pourrait démontrer à ma femme que je ne suis pas un malade mental.
Je suis conduit aux urgences d’un hôpital parisien par deux policiers en civil. On y prend ma tension et on prélève une goutte de sang. Je suis conduit ensuite dans le bureau d’une psychiatre qui m’interroge à propos de diverses accusations portées par ma femme à mon encontre.
Je réponds de bonne foi en donnant ma version des faits. Après vingt minutes d’interrogatoire, la psychiatre m’annonce froidement que je vais être conduit à l’infirmerie psychiatrique de la Police. Je proteste. En vain. Je demande en particulier quels sont les éléments nouveaux qui ont pu faire basculer une simple procédure et la transformer en promesse d’enfermement.
La psychiatre répond qu’elle dispose d’un signalement (plusieurs feuilles rédigées par des médecins) suffisant pour m’enfermer. Je comprends à ce moment-là que l’analyse de comportement annoncée n’a pas eu lieu et qu’elle n’était qu’un prétexte pour le commissaire en vue d’obtenir l’accord d’un psychiatre.
Quatre nouveaux policiers en uniforme vont se charger de mon transport à l’infirmerie psychiatrique. Non sans avoir pris la précaution de me fouiller et de me passer des menottes. Je sors ainsi des urgences de l’hôpital au vu de tous.
Nous traversons l’arrondissement où j’habite dans un fourgon pour retourner à l’hôtel de Police. Nous y attendons je ne sais quoi.
Dans cet arrondissement où je connais pas mal de monde, n’importe qui peut me voir dans le fourgon de police. Je comprends plus tard que mon enfermement doit aussi recevoir l’accord de la hiérarchie policière.
Nous arrivons à l’infirmerie psychiatrique où on me retire enfin des menottes qui me cisaillaient les poignets. On me demande aussitôt de me mettre en pyjama (il doit être environ 18 heures). Pour ne pas exploser, je m’en sors avec un peu d’humour en disant que je n’ai pas l’habitude de me mettre en pyjama à cette heure-là !
On me donne un pyjama beaucoup trop court.
Je suis conduit dans une cellule à deux lits après avoir été dépouillé de tous les biens que je portais sur moi y compris mon alliance. Je demande quand même à l’infirmière si je pourrais avoir un livre.
Il n’y en a pas … Pour seule lecture mais ce n’est déjà pas si mal, j’ai reçu la ” charte d’accueil ” de l’infirmerie psychiatrique. Au bout d’un certain temps, je suis reçu par un psychiatre qui continue à m’interroger sur les faits.
Là encore, il ne pratique aucune analyse de comportement. Il m’annonce que je vais rester ici et passer la nuit à l’infirmerie psychiatrique ! Je proteste en lui rappelant que la charte d’accueil stipule dans son premier paragraphe ” Liberté ” que nul ne peut être maintenu à l’infirmerie psychiatrique sans qu’un certificat attestant des troubles psychiatriques n’ait été établi par un médecin de l’infirmerie psychiatrique.
Il me répond que le médecin n’est pas là et qu’il ne sera là que demain matin. Première aberration … Me voici condamné à passer une nuit à l’infirmerie psychiatrique. J’ai déjà manqué le spectacle de fin d’année de l’école de mes enfants. Je vais donc aussi manquer, le lendemain matin, la fête de l’école et une réunion des parents où je devais présenter la fédération de parents dont je suis un élu. Je redoute aussi de ne pouvoir me rendre à un mariage auquel je suis invité l’après-midi. Sans oublier mes enfants qui doivent se demander ce que je fabrique.
A 18 heures, leur grand-père maternel qui n’arrête pas de me critiquer devant eux s’est évidemment substitué à moi pour aller les chercher à l’école où je devais être, comme tous les soirs, ce jour-là. Entre les quatre murs de ma cellule, je commence à gamberger. Les multiples bruits du couloir m’empêchent de m’évader : la réalité est bien là, dans toute sa splendeur. Je parcours encore la charte d’accueil de l’infirmerie psychiatrique à la recherche de quelques droits à faire valoir.
Je découvre la possibilité de consigner sur un registre remarques et observations. Le patient peut aussi avertir un proche de sa situation. Le médecin de garde qui m’a reçu a décidé de son propre chef de téléphoner à ma femme pour recueillir des informations. Quand on sait que je suis enfermé en raison des accusations qu’elle a portées contre son mari, on peut s’étonner de l’intérêt d’une telle communication … Quoique … Après tout, le médecin souhaite peut-être voir si ses accusations ont une certaine cohérence. En tous les cas, il ne peut s’agir de ce fameux appel d’un proche auquel le patient a droit : une femme qui parvient à vous faire enfermer ne peut plus être qualifiée de ” proche ” et, surtout, c’est au patient lui-même de désigner le proche à joindre.
Je frappe donc à la porte de ma cellule pour demander à faire valoir mes droits. Il me faudra attendre deux bonnes heures pour être entendu. Je dois dire que j’ai failli craquer. Un bon ange m’a sûrement retenu de frapper trop fort. J’obtiens le registre d’une infirmière qui me donne un quart d’heure pour écrire. Comme je mets du temps à lui rendre le stylo, elle veut me l’arracher des mains. Je le lui donne calmement.
Au sujet de l’information d’un proche, pas de réponse. Je continue donc à taper à la fenêtre de ma porte. À cause de mon tapage calme mais persistant, le médecin qui m’avait reçu à l’infirmerie vient en personne, furieux d’être dérangé. L’annonce de ma seconde requête l’énerve alors qu’il n’y a rien de plus normal. Il me menace de me mettre ” sous traitement ” si je continue à taper à la porte. Je lui réponds, assez menaçant, qu’il n’a qu’à essayer. Il finit par consentir à ce que mes parents soient alertés. Quelque peu désemparé, il en oublie de prendre le numéro de téléphone que le sang-froid d’un infirmier permet quand même de noter. D’autres personnes enfermées tapent, crient et hurlent parfois dans la nuit pour réussir à se faire entendre et, souvent pour obtenir des choses toutes simples : aller aux toilettes, un verre d’eau, … Mon voisin, arrivé après le dîner, réclame un morceau de pain. Il dit qu’il a faim et que cela l’empêche de dormir. Au lieu d’accéder de bonne grâce à une demande aussi simple, le personnel de surveillance le laisse s’énerver comme tous les locataires de l’infirmerie psychiatrique : on ne semble connaître ici que l’usure et l’exaspération à l’encontre des personnes enfermées. Mon voisin finit par craquer. Il frappe de toutes ses forces sur la fenêtre de sa porte et l’arrache. La réplique, là, ne se fait pas attendre. Tous les surveillants disponibles s’empressent autour de lui pour le ligoter. L’infirmière qui tenait tant à son stylo (” c’est le mien m’a-t-elle dit ” !) a déjà une seringue en mains pour calmer le pauvre homme. Il hurlera encore pendant longtemps.
Une femme un peu plus loin n’arrive pas non plus à se faire entendre. Elle a beau hurler ” s’il vous plaît “, rien ni personne ne vient à son secours.
Je passe ici sur les remarques désagréables que j’ai pu entendre à travers la porte. Pendant la nuit, nos cellules s’éclairent à plusieurs reprises. Ce n’est pas évident de dormir au milieu du bruit que le personnel a entretenu pendant un long moment, notamment par des rires qui m’ont paru pour le moins … décalés.
Le lendemain matin apporte un peu d’espoir. Un chocolat me réconforte et puis on m’annonce vers 9h00 que le psychiatre va me recevoir. A sept heures, j’avais demandé à une infirmière à quoi il fallait s’attendre. Elle m’avait répondu que le psychiatre serait là quand il en aurait … envie !
Réception dans le bureau … le psychiatre est là ainsi que le surveillant général, un infirmier et le médecin qui m’avait reçu la veille. Enfin un peu d’humanité et d’écoute pour un entretien où je pourrai expliquer calmement ma version des faits et tenter de faire comprendre à demi-mots que la personne déséquilibrée n’est pas toujours celle que l’on croit.
Je suis libéré à 11 heures, sale, pas rasé, décoiffé et en habits froissés. Me voici dans la rue, libre et heureux de l’être mais comme assommé.
Je dois évidemment ( ?) rentré chez moi par mes propres moyens. Ce sera par le métro, départ à la station Glacière … Oui, c’est un matin de juin vraiment froid !
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